Hallelujah ! Il est arrivé ! Nous disposons enfin
du détecteur universel à ringards; les primaires ! C’est beau, c’est neuf,
c’est moderne, ça fait américain et tout et tout. Mélenchon, Quilès et le PCF
sont contre ? Et bien vous voyez, qu’est ce que je vous disais !
C’est le nouveau marqueur, le postulat de base à toute
réflexion visant à battre Sarkozy en 2012. Il faut désigner le candidat de la
Gôche et des progressistes par une primaire « ouverte ». Mes amis, je
ne voudrais pas flatter ma réputation de rabat-joie mais malgré l’évidente
évidence démocratique, cette prétendue méthode visant à éviter l’éparpillement,
à légitimer un candidat et à faire émerger un nouveau leader qui aura toute les
qualités de l’univers vu qu’il ne sera plus choisis par des apparatchiks ou des
militants partisans mais par mon voisin et ma belle-mère, ne peut fonctionner. D’abord il faudrait que les citoyens désireux de concourir et acceptant d’être
assimilés à la « gauche » en reconnaissent la légitimité, acceptent
d’y concourir et ne contestent pas ensuite les résultats. Principalement, ces
« candidats » seront déjà membre d’un parti. Il faudra donc que leur
parti acceptent de déléguer leur pouvoir de désignation à un corps électoral
pour le moment indéfini (nous y reviendrons).
Le hic c’est qu’un parti sans
candidat au 1er tour des présidentielles ne vaut plus grand-chose.
C’est triste mais c’est une conséquence de l’aspect partiellement présidentiel
de la Vème qui s’est encore accru avec le quinquennat. Ensuite, vous voyez vous
le PS prendre le risque de ne pas avoir un de ses membres incarner la
gauche ? Et devoir y consacrer tous ses moyens et notamment payer sa
campagne ? C’est pourquoi la mise au point de Hollande était
incontournable « désolé, nous dit-il, mais le candidat des socialistes
sera… socialiste ». Ca n’a l’air de rien comme formule, mais disant cela
il officialise la mort du dispositif tant vanté. Et il a raison !
Peut-être que quelques uns des zélateurs primitifs pensaient que les partis
acceptant ces primaires fusionneraient leur liste de militants afin de créer un
nouveau bloc qui s’entendrait pour désigner un chef et ensuite mener la campagne
en en partageant la charge ? Ce n’était pas idiot. Mais alors on passe sur
quelques problèmes pratiques.
D’abord, je ne suis pas sûr que l’association
politique qui fait payer des cotisations ait le droit de diffuser ses listings
ainsi. Je connais plus d’un militant (moi par exemple) qui n’a pas envi, mais
alors pas du tout, de voir ses coordonnées envoyées aux écolos ou Place du colonel Fabien.
Ensuite, on peut craindre que le poids démographique de chaque parti soit le
principal déterminant à la victoire de l’impétrant. Les socialos votant pour le
candidat socialo etc… Et dans ce cas, qui sera le candidat des socialos ?
Ne faudrait-il pas faire des primaires internes au PS afin d’éviter que
plusieurs candidats PS ne se présentent et ainsi maximiser les chances de voir
un membre de notre parti désigné ? Oh ne riez pas, c’est déjà ainsi que
cela se passe lorsque les courants du PS organisent en leur sein la sélection
de leur candidat afin d’éviter le morcellement des voix de leur faction.
Non,
la seule « solution » serait d’ouvrir totalement le dispositif à
l’extérieur. C'est-à-dire que des non militants, se disant néanmoins
sympathisants de gauche, viendraient voter pour choisir le candidat des partis
ayant accepté de participer à cette farce, euh… pardon, à cette procédure
démocratique et moderne ! Et là je m’excuse encore d’être vieux jeu mais
la base de la démocratie c’est non seulement le vote mais aussi la constitution d’une
liste électorale rigoureuse. Comment ferait-on pour sélectionner les citoyens
légitimes à intervenir ? Je vous fais remarquer ce que cher Nixon avait
fait voter des militants républicains aux primaires démocrates afin d’aider le
candidat qui lui faisant le moins peur. Pas le genre de l’UMP ce genre de
filouterie, nan nan… Et si vous reconnaissez dans la file d’attente menant à
l’urne un sympathisant de droite notoire, au nom de quoi lui interdiriez-vous
de voter ? Ca promet de belles scènes dans les arrières salles et je
crains que des principes également utiles à la démocratie (oh pas autant que
les primaires mais tout de même...) comme le droit pour chacun de garder ses
opinions pour lui, le refus de l’intimidation ou de la mise en cause lors
d’opérations de vote, l’illégitimité de quiconque à vouloir fliquer les
électeurs pour en écarter ceux qui selon ce commissaire politique ne sont pas
dignes de s’exprimer… ne soient quelque peu malmenés à cette occasion…
Accessoirement, sur quel budget faire campagne ? Je ne
voudrais pas voir le mal partout mais c’est justement le type de situation où
la traçabilité des fonds et l’extrême encadrement de leur usage ne pourraient
pas être garantis. Alors l’humanité étant ce qu’elle est, je m’inquiète des
idées que cette campagne pourrait faire germer dans les esprits les moins
nobles…
Je signale aux anti-pasquaiens frénétiques que l’ami
Charles, en 1994, avait trouvé comme solution (pour éviter à la droite
d’éclater entre Chirac et Balladur) d’institutionnaliser les primaires,
c'est-à-dire de créer une liste électorale officielle des militants, divisés
entre « Gauche » et « Droite ». En clair copier le système
américain, ce qui exigeait de substantielles modifications des textes. C’était
au moins sérieux juridiquement, mais politiquement cela ne me semblait pas
viable dans un pays ou les élections se jouent en deux tours et où donc le
bipartisanisme ne peut prospérer. Car ce système ne peut être viable que si la
vie politique est divisée en deux groupes et non en une dizaine comme ici.
Enfin, même si c’était faisable, quel en est
l’intérêt ? Sauf à laisser Taubira se présenter pour faire 2 points et
planter tout le monde comme en 2002, une relative diversité des candidats peut
être utile pour ramasser un maximum de voix. « Au premier tour on choisit,
au second on élimine » dit l’adage. Si dès le premier tour personne ne
vous inspire, c’est difficile de se motiver. Améliorer la qualité du casting
alors ? On a vu en 2006 à quel point le « sang neuf » des
militants à 20€ avait permis de sélectionner la crème des crèmes…
Ensuite, soyons vulgaire, quel programme le candidat va
défendre ? Ces chers quadras modernes et dynamiques nous ont pondus un
dispositif inbitable, on l’a vu, mais personne n’a abordé la question du
programme ! C’est pourtant une fois que l’on a défini une ligne que l’on
peut faire le casting. Ici, l’Elysée Academy supplante tout. Une
« primaire ouverte » pour la téloche et hop, en 2012 on aura le
« french Obama » que le monde nous enviera au lieu de Sarkoko 1er.
Et aux mêmes de regretter la peoplelisation, la personnalisation, la primauté
de la comm’ sur le fond etc… Allez comprendre.
Mais tout est bon pour distraire le peuple de quelques vérités
difficiles ; le PS n’a plus de ligne ni de doctrine, n’a plus d’idéologie,
n’a plus de leader et n’a plus ni la cohérence ni la discipline qui font un
parti digne de ce nom. Les primaires achèveraient de le transformer en
« club » ou mieux en
« franchise » pour élus et barons. Un macaron à coller sur les
affiches.